La bienveillance envers les personnes faisant un burnout : on en parle ?

Il y a quelques années, c’était encore un sujet tabou et méconnu. Aujourd’hui, on affiche avoir fait un burnout sur ses réseaux sociaux…

Pour autant, le soutien reçu est encore loin d’être à la hauteur de l’enjeu !

« Entré dans le langage courant, le terme « burn-out » est aujourd’hui utilisé pour décrire toute sorte de stress, de grande lassitude ou de fatigue par rapport à son travail. Il s’agit pourtant d’un véritable syndrome qui se traduit par un épuisement physique, émotionnel et mental profond, causé par un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes. » ¹

Etant donné qu’il existe différents stades de burnout³, on observe de gros contrastes entre les différents vécus des personnes ayant fait un burnout.

Qu’il s’agisse de la version sonnette d’alarme, avec un effet salvateur rapide si la personne a pu réaliser les remises en question et ajustements nécessaires…ou de la version lourde…Quelles sont les erreurs à ne pas faire avec une personne en situation de burnout ? 

Erreur n°1 : Considérer la personne en burnout comme une personne fragile 

A priori, il ne vous viendrait pas à l’idée de dire à quelqu’un qui s’est cassé le bras : « Dis, donc, t’as les os fragiles toi ! »

Pourtant, considérer une personne faisant ou ayant fait un burnout comme quelqu’un de fragile est très répandu !

La réalité est toute autre !

La personne en burnout est souvent quelqu’un qui a un sacré mental, qui l’a aidé à tenir (ou à tirer sur la corde, ça dépend si on regarde le verre à moitié vide ou moitié plein) .

« Le burnout survient chez des sujets n’ayant connu antérieurement aucun trouble mental : il apparaît également bien souvent à partir d’une position de force et de réussite » ²

Aussi, se faire traiter de personne fragile quand on est allé au bout de soi-même, au point de mettre en danger sa santé, est extrêmement violent !

D’autant que la personne en situation d’épuisement professionnel est dans une période de grande vulnérabilité. Emettre un jugement sur elle à ce moment là a un effet dévastateur sur la confiance en soi.

Erreur n°2 : Relativiser

Exemple de commentaire visant à relativiser le vécu de l’autre:

« C’est une mauvaise passe »

Mais encore:

« T’as pas un cancer non plus… ! »

Comme toutes les autres formes de jugements, le fait de relativiser le vécu de l’autre coupe la communication.

Outre la blessure que ces propos occasionnent, le risque est d’aggraver le sentiment de solitude de la personne en plein burnout.

Or, les relations sociales étant souvent rendues difficiles par l’état d’épuisement, les proches doivent faire preuve d’une grande vigilance dans leurs propos. Car la personne en burnout peut finir par s’isoler pour se protéger. Or l’isolement est le terreau idéal pour la dépression…Ce qui est une transition idéal pour aborder l’erreur n°3 !

Erreur n°3 : Coller une étiquette fausse : lui dire qu’il.elle fait une dépression 

Que l’erreur vienne du corps médical ou de l’entourage, faire l’amalgame entre le burnout et la dépression conduit la personne en burnout à se sentir incomprise.

L’Ex Association France Burn Out défendait pourtant que le burnout n’est ni une dépression ni une maladie psychique. « Il s’agit au départ de maladies aux symptômes très physiques, qui touchent des personnes auparavant en bonne santé. »

Plus récemment, la Haute Autorité de Santé publiait un communiqué de presse pour expliquer pourquoi il est complexe de diagnostiquer le burnout :

« Ses manifestations diffèrent d’un individu à l’autre. Elles s’installent de manière progressive voire insidieuse et sont parfois les mêmes que pour d’autres troubles psychiques ou maladies.

Ces principaux symptômes sont aussi bien:

  • d’ordre émotionnel (anxiété, tristesse, hypersensibilité, absence d’émotion…)
  • cognitif (troubles de  la mémoire, de l’attention, de la concentration…)
  • comportemental ou interpersonnel (isolement social, comportement agressif ou violent, diminution de l’empathie, comportements addictifs…)
  • motivationnel (désengagement, remise en cause professionnelle, dévalorisation…)
  • physique (troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques, gastro-intestinaux…). »

Il paraît donc important de s’avancer sur ces questions avec la plus grande prudence !

Attention : si un burnout n’est pas une dépression, il est tout à fait possible qu’un burnout conduise ensuite à une dépression.

Erreur n°4 : Lui donner des conseils sur ce qu’il.elle devrait faire pour sortir du burnout 

Donner des conseils, c’est un réflexe.

Il y a les conseils de Mr ou Mme Jesaistout, il y ceux de Mr ou Mme Jenesaispascommentt’aider. Dans tous les cas de figure, les conseils ont rarement été sollicités. Pourtant ils s’imposent dans le paysage de la personne qui vit un épuisement professionnel.

De l’innocent « Tu devrais te mettre au vert. » au radical « Tu devrais changer de travail », les conseils non sollicités mettent la personne en burnout dans une situation inconfortable.

La personne qui sait le mieux ce dont on a besoin pour soi-même, c’est soi-même. Court-circuiter ce cheminement personnel est donc contre-productif. C’est aussi envoyer comme message : « Je ne crois pas que tu sois capable de t’en sortir. »

De plus, si il.elle ne suit pas les conseils, il.elle s’expose à des remontrances, « Ne viens pas te plaindre si ça ne va pas mieux ! »

PS : Faire précéder son conseil de la question « Je peux te donner un conseil ? » pour se donner bonne conscience n’est pas de la bienveillance.

Ainsi, l’un des plus beaux cadeaux que vous pouvez faire à une personne en burnout c’est l’écoute empathique. On y reviendra dans un prochain article.

Erreur n°5 : Avoir une analyse parcellaire de la situation

Sur internet et les réseaux sociaux, je lis notamment des définitions ou des analyses comme celles-ci :

« Le travailleur ressent un écart trop important entre ses attentes, la représentation qu’il se fait de son métier et la réalité de son travail. »

ou

« C’est l’absence de repos qui conduit au burnout.»

Mais réduire l’analyse des causes du burnout, en faire une définition incomplète, c’est nier une partie de la réalité de celui.celle qui la vit.

Voilà une liste non exhaustive des facteurs professionnels ²:

  • la surcharge de travail, accompagnée ou non de contraintes importantes sur le rythme imposé : pressions liées aux horaires ou aux délais, travail dans l’urgence, travail fractionné, impossibilité de mener une tâche jusqu’à son terme, imprévisibilité des horaires, etc.
  • une implication très importante sur le plan humain : l’épuisement professionnel touche particulièrement les professions vocationnelles, notamment celles en lien avec le soutien aux personnes, l’aide ou le soin
  • des objectifs à atteindre trop élevés, notamment du fait du déséquilibre entre les objectifs demandés et les moyens mis à disposition
  • un manque de clarté des tâches, une confusion des rôles
  • une mauvaise ambiance de travail qui se caractérise par une récurrence des conflits interpersonnels
  •  des valeurs individuelles en conflit avec celles de l’organisation et les finalités du travail, notamment dans le service public
  •  un faible soutien des supérieurs hiérarchiques ou des collègues
  • des comportements managériaux abusifs ou défaillants

La liste des causes liées au travail n’est pas exhaustive. 

Il n’est question ici que des causes professionnelles. Pourtant, il existe une multiplicité de facteurs. Ce qui explique que confrontées aux mêmes conditions de travail, certaines personnes vont s’avérer plus sujettes à développer un état de burnout. Ce qui nous amène à l’erreur n°6 !

Erreur n° 6 : Comparer son vécu du burnout avec celui d’une autre personne, voir le sien…

Pourquoi est-ce que dans une même équipe de travail, vivant des situations relativement similaires, il peut y avoir des vécus différents ? Pourquoi tout le monde ne fait pas simultanément un burnout ?

Comme l’erreur n°1 : penser que c’est une personne fragile, n’est plus permise, allons voir plus loin…

Les caractéristiques personnelles : le surengagement facteur clé du burnout

« Le surengagement est un facteur clef de l’épuisement professionnel mais il a lui-même des causes :

  • faire de son travail le centre de sa vie
  • avoir des attentes élevées envers soi-même
  • faire preuve d’un idéalisme extrême sans se laisser la possibilité de transiger
  • négliger d’évacuer les tensions en ayant des activités non professionnelles
  • difficulté à déléguer, volonté d’être apprécié de tout le monde
  • faible estime de soi
  • confusion entre performance professionnelle et valeur personnelle

Tout ceci explique pourquoi deux personnes mises dans une situation professionnelle identique ne présentent pas le même risque. Toutefois, il serait erroné de faire du burnout le révélateur d’une faiblesse personnelle préexistante. En effet, c’est bien l’environnement dans lequel les individus travaillent – notamment l’organisation du travail – qui génère le burnout et non les personnes elles-mêmes »²

Les facteurs relevant de la vie personnelle et familiale

«Le milieu dans lequel évolue l’individu n’est pas le facteur premier de l’épuisement professionnel mais peut inhiber ou, au contraire, renforcer la possibilité de connaître un burnout.» ²

Nous ne sommes donc pas tous égaux face au burnout. Faire des comparaisons empêche de reconnaître à la personne en souffrance sa singularité.

Même dans deux situations parfaitement identiques, la manière de recevoir l’évènement, de percevoir la situation est différente. Et personne ne devrait avoir à culpabiliser de ça !

Erreur n°7 : Nier son burnout

Comme il existe des climatosceptiques, il existe des burnoutosceptiques.

Vous avez forcément déjà entendu l’une de ces phrases au sujet d’une personne en arrêt de travail pour burnout , par exemple:

Au mieux : « Il.elle a besoin de se reposer. » *

Au pire : «Il.elle nous plante pour se prendre des vacances. »

*Personne ne se remet d’un burnout juste en se reposant…

De toute évidence, ce qui fait peur aux entreprises et favorise un terrain burnoutosceptique, c’est que le diagnostic du burnout n’est pas incontestable.

Le problème, c’est que ce doute qui plane est d’une violence extrême pour celles et ceux qui sont en situation d’épuisement professionnel.

Pour l’heure, trop peu d’investigations en neuro-imagerie ont été mises en œuvre chez les personnes en burnout. Et le burnout reste un dérèglement mal défini au plan biologique. ²

Pourtant, il semble qu’il y a bien des marqueurs biologiques du burnout. ⁴

Le cortisol, cette hormone qui intervient effectivement dans la gestion du stress par l’organisme, permet une libération du taux de glucose dans le sang pour nourrir les muscles, le cœur, le cerveau, dans une situation de stress prolongé.

Or, les symptômes de burnout sont aussi associés à un taux de cortisol anormalement bas. Et la baisse du taux de cortisol ne s’observe pas en cas de dépression. Des avancées de la recherche permettraient donc à la fois de lever les suspicions et de différencier ces deux pathologies.

Erreur n°8 : Le.la secouer !

« Faut te reprendre en mains là ! »

Bref, c’est bien connu, ce dont toute personne en souffrance a besoin, c’est d’un bon coup de pied aux fesses !

Que cette violence vienne du corps médical, assurance maladie comprise, qui pousse parfois à la reprise du travail, ou de l’entourage, la dernière chose dont on a besoin quand on fait un burnout, c’est devoir se justifier et se défendre.

Il est nécessaire pour se reconstruire que l’épuisement professionnel soit reconnu, avant de tenter de le réparer.

Alors, maintenant que les principales erreurs à éviter n’ont plus de secret pour vous…Que fait-on pour prendre soin d’une personne en burnout ?

Retrouvez les 4 actions concrètes pour prendre soin d’une personne en burnout dans le prochain article. Pour ne pas le manquer, inscrivez-vous à la newsletter.

Sources :

¹ Recommandation de bonne pratique de la Haute Autorité de Santé : Communiqués de presse mis en ligne le 22 mai 2017:

Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burnout.

Burn-out : au-delà des débats, faire le bon diagnostic et proposer une prise en charge personnalisée.

² Extrait du rapport de la mission d’information relative au syndrome d’épuisement professionnel (ou burnout) 2017. Assemblée nationale : Commission des affaires sociales.

³ Livre de Michel Delbrouck, avec les contributions de Pascale Vénara, François Goulet et Roger Ladouceur : Comment traiter le burn-out : Principes de prise en charge du syndrome d’épuisement professionnel

Article Passeport Santé: Burnout: dépistable par une analyse de sang et de salive?

Téléchargez gratuitement votre livret !

Téléchargez gratuitement votre livret !

Vous y découvrirez votre premier exercice et pourrez ainsi :

➡️ Tester mon approche !

➡️ Valider si ma démarche vous correspond !

Surveillez votre boite mail ou vos spams, votre livret arrive !

Téléchargez gratuitement votre livret !

Téléchargez gratuitement votre livret !

Vous y découvrirez votre premier exercice et pourrez ainsi :

➡️ Tester mon approche !

➡️ Valider si ma démarche vous correspond !

Surveillez votre boite mail ou vos spams, votre livret arrive !